Journaux De Voyage (French Edition)

Journaux De Voyage (French Edition)

Language: French

Pages: 144

ISBN: 2070453162

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


C est les jambes flageolantes que je reçois le premier coup de New York. Au premier regard, hideuse ville inhumaine. Mais je sais qu'on change d avis. Ce sont des détails qui me frappent : que les ramasseurs d ordures portent des gants, que la circulation est disciplinée, sans intervention d agents aux carrefours, etc., que personne n a jamais de monnaie dans ce pays et que tout le monde a l'air de sortir d un film de série. Le soir, traversant Broadway en taxi, fatigué et fiévreux, je suis littéralement abasourdi par la foire lumineuse.» Ce volume comprend les journaux de voyage d Albert Camus aux États-Unis de mars à mai 1946, puis en Amérique du Sud de juin à août 1949.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 juillet Matinée au bain, au soleil, puis au travail. À midi, nous passons le Tropique du Cancer, sous un soleil vertical qui tue toutes les ombres. Il ne fait pourtant pas une chaleur excessive. Mais le ciel est bourré d’une mauvaise brume et le soleil a l’air d’une maladie. La mer semble une énorme bouffissure, avec l’éclat métallique des décompositions. Dans l’après-midi, grand événement : nous dépassons un paquebot qui fait la même route que nous. Le salut que se font les deux bateaux avec

où on ne mange que du poisson — dans une salle quadrangulaire très haute de plafond, éclairée si brutalement au néon que nous avons l’air de poissons pâles évoluant dans une eau irréelle. Le señorito veut faire mon menu. Mais, épuisé, je voudrais manger légèrement et refuse tout ce qu’il m’offre. On sert le poète d’abord qui commence à manger sans nous attendre, ses gros doigts courts venant relayer parfois la fourchette. Il parle de Michaux, Supervielle, Béguin, etc., et s’interrompt de temps en

nous sommes en plein ciel, parmi les étoiles, semble-t-il. L’air sent la fumée. Il est si lourd qu’on a l’impression de le toucher du front. Arrivés au sommet de la colline, nous entendons des tambours et des chants assez lointains, mais qui cessent presque aussitôt. Nous marchons dans leur direction. Ni arbres, ni maisons, c’est un désert. Mais dans un creux, nous apercevons une sorte de hangar, assez vaste, sans murs, à la charpente visible. Des guirlandes de papier sont tendues à travers le

recouvert d’un rideau rouge qui fait cadavre. Une alcôve où se trouve un autel qui rassemble toutes les statues de saints que Saint-Sulpice exporte dans le monde. Aussi une statue de Peau-Rouge, égarée là, on ne sait comment. La pythonisse a l’air d’une brave femme d’intérieur. Elle vient de terminer ses consultations qu’elle ne donne que lorsque le saint est en elle. Le saint est parti. Ce sera pour la prochaine fois. Il fait chaud. Mais ces Noirs sont si gentils et avenants que nous restons à

des idéologies. La bombe atomique interdit l’idéologie21. Julien Green se demande (Journal) s’il est possible d’imaginer un saint qui écrive un roman. Naturellement non parce qu’il n’y a pas de roman sans révolte. Ou alors il faut imaginer un roman qui mette en accusation le monde terrestre et l’homme — un roman absolument sans amour. Impossible. En mer Longueur de ce voyage de retour. Les soirs sur la mer et ce passage du soleil couchant à la lune sont les seuls moments où je me sente le cœur

Download sample

Download