La main coupée

La main coupée

Language: French

Pages: 0

ISBN: B00YNOC3YU

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


La main coupée est un monument aux morts de la Grande Guerre, comme ceux sur lesquels on a inscrit, année par année, les noms des disparus, morts identifiés mais morts obscurs, sans gloire. Blaise Cendrars a prélevé dans sa mémoire les bribes de la vie et de la mort de ses compagnons de combat, des hommes ordinaires, tragiques ou cocasses, échappant à toute vision héroïque ou édifiante.
Lorsqu'elle paraît en 1946, La main coupée est plus qu'un témoignage retardé, c'est une réparation. Réparation parce qu'elle est un mémorial contre l'oubli, réparation aussi pour son auteur qui, dans cet ouvrage tardif, s'autorise enfin, librement, à parler longuement de la guerre, de sa guerre, comme il ne l'avait jamais fait, comme personne ne l'avait jamais fait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'était bien pour la première fois de ma vie que je buvais le vin blanc avec des gendarmes et ce devait être également pour la première fois dans leur carrière que les gendarmes allaient se trouver dans l'obligation de rapporter à leur chef, lui-même mandaté, une Croix dans son écrin. Ils paraissaient fort ennuyés. – Si vous me laissiez le diplôme, leur dis-je, peut-être trouverai-je une décoration d'occasion et cela me reviendrait moins cher ? Ce ne sont pas les boutiques de bric-à-brac qui

Espionne dangereuse. Est armée... » � Bidault (Charles), cultivateur à Éclusier (Somme), suspect... » � ... le boucher d'Albert circule en bicyclette, le laisser passer à l'aller, l'arrêter au retour et prévenir par téléphone le commandant de la brigade de gendarmerie, à Montdidier. Est accusé de passer les lignes et de porter des messages aux Allemands, Roux (Albert), d'Albert (Somme). Taille : 1,60 m. corpulent. Visage : ovale, glabre, teint coloré, yeux verts. Signes distinctifs : néant.

à Frise, il y avait six kilomètres par le chemin de halage et encore deux par un boyau détrempé pour rejoindre la ferme Ancelle, au pied du Calvaire. Je venais de les parcourir, cet après-midi, quand le colonel avait envoyé son cycliste venir me chercher pour une communication d'extrême urgence. Six et six douze, et deux quatorze, et deux seize, j'aurais donc fait seize bons kilomètres quand je sortirais en rampant de la ferme Ancelle pour aller placer notre gramophone dans les barbelés du

d'exaspération qu'on ne l'écoutait plus et que l'on se disait que maintenant le flot était étale, tellement ça cognait, et que la guerre allait finir car les oiseaux aquatiques continuaient leur bavardage et leurs petits cris au nid comme si de rien n'était, et seule l'approche de notre bachot les effarouchait, et c'était alors un envol sous notre nez, un battement d'ailes tapageuses qui nous surprenait chaque fois, un frémissement de choses affolées dans les ténèbres qui nous impressionnait et

l'ennemi qui devaient bien être planquées par là, à une distance plus ou moins grande, je ne le savais pas au juste. Et peut-être y avait-il d'autres tireurs dans les arbres. Les Boches sont toujours à l'affût. Ils aiment ça et font la guerre en gros et en détail. J'aimais assez la petite guerre dans la grande que nous menions dans mon escouade. La journée était resplendissante. Le soleil dardait. Nous n'avions rien à boire dans notre trou. J'aurais donné mon tour de permission pour un bidon de

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