Le piège Daech : L’État islamique ou le retour de l’Histoire

Le piège Daech : L’État islamique ou le retour de l’Histoire

Pierre-Jean Luizard

Language: French

Pages: 79

ISBN: 2:00343696

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Rompant avec nombre de commentaires à chaud, l'historien Pierre-Jean Luizard, grand spécialiste de la région, analyse l'ascension fulgurante et le fonctionnement de l'État islamique. Dans cet essai, qui fait dialoguer l'actualité immédiate et la grande Histoire, il explique pourquoi nous sommes pris dans le « piège Daech », cet « État-monstre » que l'Occident a largement contribué à faire émerger.

Le groupe État islamique, inconnu il y a encore quelques mois, a fait une entrée fracassante et sanguinaire dans l'actualité internationale. Profitant des crises en chaîne qui secouent l'Irak et la Syrie, « Daech » a pris le contrôle d'une vaste région et dispose aujourd'hui de gigantesques ressources financières. Sa volonté de construire un État le distingue nettement d'Al-Qaïda.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

temps que la famille royale. Le nationalisme arabe est donc paradoxalement l’arme privilégiée de la puissance coloniale dans une région où les allégeances sont avant tout locales, tribales et claniques, et religieuses. La fondation de l’État irakien en 1920 s’inscrit dans le cadre du mandat britannique, parallèle aux mandats français sur la Syrie et sur le Liban, et elle rencontre l’hostilité unanime de la communauté chiite, qui représente plus de 75 % de la population avant le rattachement à

Tikrit ou à Mossoul, où l’armée irakienne a réprimé par des bombardements aveugles des manifestations pacifiques et des sit-in organisés pour protester contre la marginalisation politique de la communauté arabe sunnite qui reprenaient pour l’occasion un certain nombre de mots d’ordre démocratiques des printemps arabes – notamment le refus du despotisme et de l’autoritarisme du pouvoir en place, la liberté d’expression, la citoyenneté égale pour tous, etc. À Mossoul, pendant l’année 2013 et le

sunnite insurgée d’Al-Anbar, ainsi que des provinces chiites de Najaf et d’Al-Muthanna en Irak. Il faut dire que le royaume saoudien se sent désormais particulièrement menacé par la déliquescence des États issus des mandats et par l’expansion de l’État islamique. Se présentant comme les gardiens des Lieux saints et d’une certaine orthodoxie islamique wahhabite, tout en étant totalement inféodés aux intérêts géopolitiques et pétroliers américains, les Saoudiens ont longtemps essayé de masquer

par les troupes gouvernementales, mais aussi avec l’occupation de zones frontalières, avec la Syrie, avec la Jordanie, avec l’Arabie saoudite, ce qui est d’ailleurs aussitôt perçu comme un danger mortel par ces deux derniers pays – nous le verrons en détail au chapitre 4. Enfin, l’occupation de zones pas nécessairement à majorité sunnite comme les villages chrétiens de la plaine de Mossoul ou comme le Jabal Sinjar, peuplé par les yézidis3, à cheval sur la frontière entre l’Irak et la Syrie. Une

l’allégeance religieuse des musulmans sunnites au sultan-calife d’Istanbul, qu’ils soient turcs, arabes ou kurdes. Les minorités religieuses reconnues (chrétiennes et juives, essentiellement) vivent alors sous le régime des millets 2 qui leur accorde une certaine autonomie dans la gestion de leurs affaires internes. Les chiites de l’Empire ottoman ne bénéficient d’aucune reconnaissance et sont assimilés à l’islam majoritaire sunnite. C’est cette (toute relative) unité que les puissances

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