Leopardi

Leopardi

Pietro Citati

Language: French

Pages: 401

ISBN: 8804603259

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Giacomo Leopardi était né à Recanati en 1798. Sa vie brève s'acheva à Naples en 1837. Il avait trente-neuf ans. Pendant longtemps, nous n'avons eu en France qu'une vision partielle et imprécise de cette figure majeure de la littérature. Au terme d'un travail considérable accompli au cours des dernières décennies, nous disposons désormais de traductions complètes des oeuvres essentielles du grand poète et penseur italien, y compris sa volumineuse Correspondance et son immense et fascinant Zibaldone. Ce livre arrive ainsi à point nommé.

Après une enfance heureuse, la vie de Leopardi fut une blessure ouverte au coeur de sa jeunesse et jamais refermée. Il lui échut alors un destin sans autre miséricorde qu'une flamme intérieure portant la pensée poétique à sa force maximale et le verbe à sa plus haute perfection. Le temps où il vécut fut celui d'une stagnation et il jugea son époque "ridicule et glaciale". Après des années de réclusion à Recanati, où il se consuma dans des "études mortelles", Bologne, Pise, Florence et Naples scandèrent les étapes d'un chemin d'angoisse, de douleur, de désolation, de passion, de solitude, mais aussi d'intense création et de quête jamais renoncée du bonheur. "Il est aussi impossible d'être heureux que de jamais cesser d'aspirer, par-dessus tout, voire uniquement, au bonheur", écrivait-il. Tout en suivant avec une empathie profonde l'itinéraire humain de Leopardi, Pietro Citati nous conduit au coeur de l'oeuvre d'un poète immense et d'un penseur génial dont l'une des contradictions fécondes consista à être un Moderne détestant la modernité.

À propos de Pietro Citati

Pietro Citati est notamment l’auteur de livres consacrés à Goethe, Tolstoï, Kafka, Katherine Mansfield, Proust, Homère, Zelda et F. S. Fitzgerald. Son roman Histoire qui fut heureuse, puis douloureuse et funeste a obtenu le Prix Médicis étranger en 1991. En France, l’essentiel de son oeuvre est disponible aux Éditions Gallimard dans les collections L’Arpenteur et Folio.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

isolée, ou sur le comble d’un vieux château ou sur la cime d’un grand arbre et presque toujours à portée d’un clocher ou d’une tour élevée. C’est sur le coq de ce clocher, ou sur la girouette de cette tour que le mâle se tient des heures et des journées entières… s’efforçant de charmer les ennuis de sa situation par un chant continuel. » Les véritables sources de Leopardi étaient plus lointaines : le psaume biblique 102,7-8 et un sonnet de Pétrarque qui fait écho à ce psaume. Le texte hébreu de

Ignaro del mio fato, e quante volte Questa mia vita dolorosa e nuda Volentier con la morte avrei cangiato Ignorant mon destin, et combien de fois Cette vie douloureuse et nue Contre la mort je l’aurais volontiers échangée (v. 25-27) Le bonheur romanesque au-delà des monts ne s’est donc pas réalisé. Il est resté un jeu de la fiction juvénile. La vie réelle de Leopardi est douloureuse et nue, c’est-à-dire dépouillée de tout, pauvre, misérable, sans bonheur, sans espoir, réduite au pur fait

atteinte oculaire. � Depuis mars, écrivit-il à Giordani, je suis persécuté par une faiblesse des nerfs optiques particulièrement tenace, qui m’interdit non seulement toute lecture, mais tout effort intellectuel. » Il ne pouvait ni lire, ni contempler la beauté des champs, ni penser, ni écrire. � Ma vie se consume, assis les bras croisés, ou à me promener de chambre en chambre. » Si les informations fournies par Carlo Antici sont exactes, la maladie le rongea pendant deux ans, jusqu’en mars 1821,

tard, à Bayle, pour qui la raison était plutôt un � instrument de destruction que de construction », et découvrait surtout des vérités négatives. L’art de nier et de détruire est un art fort difficile : il requiert une très haute sagesse, une finesse et une acuité d’esprit supérieures, de la perspicacité intellectuelle, de la profondeur et de la constance dans l’observation, une grande subtilité de raisonnement. Les vrais génies n’étaient donc pas les paisibles philosophes anciens, avec leurs

aussi Héraclès, dont il possédait la capacité de souffrance et l’esprit de sacrifice ; et un écrivain cynique grec lui attribua le � mot » qu’Héraclès avait prononcé dans une tragédie perdue. Quant à Shakespeare, il fit de Brutus, dans Jules César, une sorte de frère d’Hamlet : ravagé de passions discordantes, de pensées insolites, de chimères, de spectres, de soucis qui lui ôtaient � la douce et pesante rosée du sommeil ». Sur le fond sombre de Brutus, dans la nuit avancée qu’éclaire la lune,

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